Vue générale avant et après restauration d'une oeuvre de Jan Lebenstein

L’œuvre et sa technique :

Jan LEBENSTEIN (1930-1999) est un peintre et graphiste polonais ayant adopté la nationalité française en 1971. Figure n°108 dont il s’agit ici, est représentative de ces premières années de création picturale où il utilise une matière lourde et épaisse pour figurer des monstres fantastiques qu’il compose autour d’un axe central.

L’oeuvre est réalisée avec matière très épaisse et extrêmement rigide, avec de nombreuses pâtes, demi-pâtes et effet de matière. Plusieurs couches se succèdent dans la stratigraphie : la préparation blanche, une couche grasse et grisâtre très épaisse, et une très fine couche rouge, probablement à l’huile, sur laquelle a été appliquée la dernière couche noir-brun, visible sur la composition. Cette dernière est constituée d’huile et probablement de bitume, de sable et d’autres agrégats constituant de multiples reliefs hétérogènes. Sable et agrégats semblent avoir été principalement utilisés pour constituer le motif central de la composition. L’observation attentive sous rayons UV atteste la présence d’un, voire plusieurs vernis. En effet, on constate différentes fluorescences, certaines verdâtres, d’autres bleuâtres ou encore très orangées de manière ponctuelle. Il est probable que le vernis ne soit pas original.

La peinture souffre d’importante perte d’adhésion et de cohésion de la couche picturale. Un large réseau de craquelures d’âge multidirectionnel et de fissures profondes de la matière picturale s’est développé sur l’ensemble de l’œuvre, créant ainsi ponctuellement des ruptures de la cohésion du film peint (soulèvements). Elles ont pour origine la rigidité et l’épaisseur de la couche picturale conjugués aux mouvements du support. Plusieurs lacunes ont ainsi été constatées : elles sont parfois la conséquence de pertes de matière à la suite des soulèvements. D’autres sont davantage accidentelles (coups, frottements). De manière générale, l’oeuvre est ternie, à cause de l’encrassement et de la dégradation du vernis. Plusieurs repeints et jutages ponctuels participent à l’hétérogénéité de surface (matité).

La restauration de l’œuvre a été réalisée dans le but d’améliorer son état de présentation et de conservation en traitant à la fois le support toile et la couche picturale.

Interventions réalisées :

Les interventions sur le support ont été minimales. Il s’est agi de décrasser la toile et d’aménager un cami-lining. Cette toile de polyester insérée derrière le châssis confère un “matelas protecteur” afin de minimiser à la fois les vibrations de la toile originale et les échanges climatiques au revers.

Après le dépoussiérage de la face, la couche picturale a été décrassée avec une solution aqueuse appliquée au pinceau doux pour mieux atteindre les anfractuosité de la matière sans l’abraser. Le refixage a ensuite été réalisé avec un adhésif en solution aqueuse afin de stabiliser les écailles de peinture soulevées. La matière picturale, très rigide a pu être remise dans le plan lorsque cela était possible avec un apport de chaleur localisé et “massage”. Les lacunes ont été comblées avec un mastic texturé pour imiter les reliefs et la matière de la peinture.

Enfin, un fin vernis protecteur a été appliqué sur l’ensemble de l’œuvre afin de re-saturer l’ensemble de la composition ternie, et ce avant la réintégration colorée.

Vue générale avant et après restauration d'une oeuvre de Jan Lebenstein

Vue générale de l’oeuvre avant et après restauration

refixage d'une couche picturale épaisse et rigide

Vues des zones refixées avant et après

Illustrer la réintégration colorée de la peinture

Réintégration colorée des lacunes préalablement comblées